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 Nouvelles d'Ailleurs

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Cardalba
Mercenary of the shadow
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MessageSujet: Nouvelles d'Ailleurs   Dim 24 Fév - 22:57

Draka


Elle se présenta à la porte du château un soir pluvieux. Les gardes la laissèrent entrer, la réputation d’hospitalité du seigneur des lieux n’étant plus à faire. On la conduisit aux cuisines afin qu’elle se restaure, mais elle demanda à rencontrer le châtelain. Elle n’avait pas voulu se débarrasser de sa cape trempée, refusant même d’en rabattre le capuchon sur ses épaules. Elle s’exprimait avec beaucoup d’autorité et nul n’osa la contredire. Le cuisinier tenta bien de la convaincre de manger quelque chose, au moins de se réchauffer un peu, de lui dire qu’on ne rencontre pas aussi aisément le Baron Aorin’att, mais le regard qu’elle lui lança le fit retourner à ses fourneaux plus vite que ne l’aurait fait la menace.
Elle alla ensuite se planter devant la cheminée, le regard perdu dans les flammes, semble-t-il oublieuse de ce qui se passait autour d’elle. Personne n’osa lui demander de s’en aller, mais sa présence décourageait toute discussion et aucun apprenti ne fut plus courageux que le maître queux et ne s’approcha de l’étrangère. Un page s’empressa alors de prévenir le Baron qu’une femme demandait à le voir et qu’il vaudrait peut-être mieux lui accorder satisfaction. Il revint sans tarder, suivi d’un jeune homme.
Ce dernier s’approcha sans hésiter de l’étrangère, qui n’avait toujours pas bougé.
_ Madame ?
Elle se tourna légèrement vers lui et le dévisagea. Il portait une tunique de cuir brodée aux armoiries de la baronnie d’Att, et était armé d’une épée et d’une dague. Brun, les yeux noirs, sa physionomie relativement sombre le faisait paraître plus âgé que ses vingt-cinq ans. Cependant, le regard de l’étrangère lui fit le même effet qu’au cuisinier et il ne put continuer sa phrase.
_ Vous n’êtes pas le Baron.
Le ton était catégorique, n’appelant aucune réponse. La voix, grave et chaude, n’en était pas moins aussi intimidante que le regard gris et froid qui l’avait précédée.
L’homme ne put se retenir de faire un pas en arrière, avant de reprendre ses esprits pour répliquer fermement.
_ Non, je suis son homme lige, le Chevalier Kenor’inn. Si vous voulez bien me suivre, le Baron accepte de vous rencontrer.
_ Je sais qui vous êtes, Chevalier. Nous nous sommes déjà rencontrés.
_ Ah ? Je ne crois pas m’en souvenir. A qui ai-je l’honneur ?
_ Je garde les présentations pour le Baron. Maintenant, si vous voulez bien me guider…
_ Par ici, je vous prie.
Il la guida à travers les corridors vers la grande salle d’audience où les attendait le Baron.
_ Ah ! Kennor ! Je commençais à me demander si vous ne vous étiez pas égaré en chemin avec notre hôte, s’exclama-t-il en les voyant entrer, assortissant sa remarque d’un clin d’œil coquin à l’attention de son homme lige qui eut un rictus en réponse.
Autant le Chevalier Kennor’inn pouvait sembler rébarbatif, autant le Baron Aorin’att paraissait accueillant. De longs cheveux blonds, des yeux noisette pailletés d’or qui semblaient toujours rire, faisaient écho à un visage toujours souriant. Il ne fallait cependant pas s’y tromper, à vingt-six ans, le Baron était un combattant redoutable et un seigneur avisé. Se tournant vers son invitée, il reprit la parole.
_ Bienvenue, étrangère. Ce château sera votre demeure aussi longtemps que vous en aurez besoin.
_ Merci, Baron.
Elle s’adressait à lui comme à un égal et le Baron haussa un sourcil interrogateur. L’homme lige eut un signe de tête traduisant son ignorance.
_ Qui êtes-vous donc ? Sans vouloir être indiscret, bien sûr, mais vous m’intriguez.
La femme eu un sourire aussi froid que son regard et laissa tomber sa cape. Les deux hommes ne purent retenir un cri de surprise. Malgré un visage qui indiquait à peine vingt ans, l’étrangère avait des cheveux blancs comme neige. Cependant, ce jeune visage était dur, les lèvres bien dessinées ne semblaient pas avoir souri depuis longtemps, le nez droit accentuait encore la dureté des traits et les yeux gris acier semblaient plonger au plus profond de l’âme aussi facilement que six pouces de métal dans la chair non protégée. La jeune femme était vêtue en guerrière, équipée de pied en cape. Elle portait une épée bâtarde, au moins deux dagues de combat et une ceinture entière de couteaux de lancer lui barrait la poitrine. Une hache de bataille était passée dans sa ceinture.
En voyant cet arsenal, les deux hommes avaient d’abord sauté sur leurs épées avant de se rendre à l’évidence. Si elle leur avait voulu du mal, ils seraient morts depuis longtemps. La peur les ayant quittés, il ne resta que la curiosité.
La cuirasse de cuir de l’étrangère portait un emblème, que les deux hommes reconnurent après s’être approchés. Le Baron eut un mouvement de recul.
_ Qui êtes-vous ? Je reconnais ces armoiries. A ma connaissance, une seule personne porte un si curieux emblème, dragon blanc sur fond de sable s’enroulant autour de deux lames rouges entrecroisées. Et cette personne est morte il y a trois mois, je suis bien placé pour le savoir, je lui ai plongé mon épée dans le cœur !
_ Vous êtes bien informé, Baron. Je me nomme Méridia de Riantir, plus connue sous le nom de Draka RougeLame. Le Dragon sur fond de sable est l’emblème de ma famille, les lames rouges sont le mien.
_ Impossible !
_ J’ai pour habitude de ne jamais mentir. Vous m’avez effectivement plongé votre lame dans le cœur, lors de cette bataille. Je vous ai alors attiré vers moi et j’ai murmuré quelque chose à votre oreille. Dans le fracas des combats, vous seul avez pu entendre mes paroles.
_ C’est exact, et je ne les ai répétées à personne, hormis Kennor ici présent. Si vous me rapportez fidèlement ces mots, je serais dans l’obligation de vous croire.
_ Merci, Baron d’Att, je vais enfin trouver la paix. Merci. Tels furent mes mots à l’instant où je crus mourir.
Le Baron ne put qu’acquiescer, incapable de dire un mot. Kennor fut plus prompt à recouvrer ses esprits.
_ Mais comment avez-vous pu survivre à une telle blessure ? demanda-t-il.
_ Baron, pourrions-nous poursuivre cette conversation loin des oreilles indiscrètes ? Je suis ici pour répondre à cette question.
Reprenant ses esprits, il la conduisit dans une petite pièce au sommet de la tour Nord, suivi par Kennor qui vérifia que personne n’allait venir écouter aux portes. Le Baron les invita à s’asseoir et prit lui-même un siège avant de reprendre la parole.
_ Voilà Ma Dame. Nous sommes toute ouïe.
_ Merci. Je vous prierai de ne pas m’interrompre au cours de mon récit. Je suis née dans l’île de Riantir quand elle était au sommet de sa puissance, il y a soixante-dix ans. J’étais la fille cadette et légitime du Comte Liar. J’avais un frère d’un an mon aîné, fils de la maîtresse de mon père. Logiquement j’aurais dû hériter du titre de mon père à sa mort, mais cela ne convenait pas à la mère de mon frère, que mon père épousa en secondes noces, deux ans après ma naissance, ma mère étant morte en couches. Cependant, cela ne légitimait pas mon frère né avant ce mariage, bien que mon père l’ait reconnu. Pour tenter de calmer ma belle-mère, le Comte organisa un somptueux mariage avec le plus beau parti de l’île pour mon frère. Les mœurs étaient plutôt libérées à l’époque et je collectionnais les amants, ne restant ni avec l’un ni avec l’autre. Au soir du mariage, j’étais un peu ivre et demandais à mon amant du moment de me ramener à ma chambre. Il me laissa seule quelques instants, soi-disant pour aller satisfaire un besoin naturel. Puis il revint, ou du moins, je crus qu’il revint, et nous fîmes l’amour. Au moment le plus embarrassant, mon père et ma belle-mère firent irruption dans la chambre, suivis de ma belle-sœur et de la moitié de la noce, en poussant les hauts cris. A la lumière des chandeliers qu’ils amenaient avec eux, je regardais l’homme allongé sur moi. Ce n’était pas mon amant comme je l’avais cru, mais mon demi-frère qui ne semblait pas aussi surpris que moi. Il se redressa aussitôt et me demanda ce que je faisais dans le lit conjugal à la place de sa fiancée. Sidérée, je ne sus quoi répondre. Je fus accusée d’avoir détourné mon frère du droit chemin et condamnée à l’exil. J’avais vingt ans. Par la suite, je reconstituai les faits. Soudoyé par ma belle-mère, mon amant m’avait guidée non vers ma chambre, mais vers la chambre nuptiale où mon frère, bien sûr au courant de la substitution avait joué son rôle à la perfection pour rester le seul héritier en lice.
Cette trahison ne porta pas chance à Riantir. Dans les années qui suivirent mon exil, sa puissance déclina. Mon père mourut dans un accident de chasse, mon frère lui succéda. Ma belle-mère fit une mauvaise chute de cheval qui la laissa paralysée. Elle ne profita jamais du pouvoir que la montée de son fils sur le trône du Comté lui aurait accordé. Elle en conçut une telle amertume qu’elle en mourut trois mois plus tard. Mon frère non plus ne profita pas de son titre de comte. Il mourut assassiné par sa propre épouse qu’il voulait répudier pour stérilité. Aujourd’hui, Riantir est en ruines, je suis la seule survivante de la famille et plus personne ne s’assied sur le trône de l’île merveilleuse.

Ce retournement de la situation de Riantir après son exil ne semblait pourtant lui apporter aucun réconfort. Au fil de son récit, elle s’était un peu détendue et ne paraissait plus si dure. Elle n’avait cependant donné aucune explication sur sa miraculeuse résurrection ou son exceptionnelle longévité. Bien que mourant d’impatience, les deux hommes se retinrent de l’interroger respectant son silence comme son vœu de ne pas être interrompue.
Après ce qui leur sembla une éternité, elle reprit son récit.

_ Voici donc cinquante ans que je fus maudite et exilée de Riantir. Je n’y remettrai jamais les pieds, mon sens de l’honneur me l’interdit. Je dis maudite et c’est bien le cas. A l’instant où je quittais mon île natale, mes cheveux blanchirent et mes yeux prirent cette teinte qui n’en est pas une, ce gris dur et froid qui glace jusqu’au sang quiconque croise mon regard. Hormis ces changements, mon apparence extérieure se figea, je parais toujours avoir vingt ans, bien que cet âge soit depuis longtemps loin derrière moi. De même, je guéris de toutes les blessures et n’en garde aucune cicatrice. Seules les marques que je portais en quittant Riantir restent, immuables témoins de ma jeunesse. J’ai combattu pendant un demi-siècle dans toutes les guerres où l’on a bien voulu de moi, et jamais je ne fus tuée, bien que toujours recherchant la mort. Personne n’est venu qui puisse prendre ma vie et l’honneur refuse que je me l’ôte moi-même. Ma malédiction semblait devoir durer toute l’éternité. C’est du moins ce que je croyais, jusqu’à cette dernière bataille sur les Champs Pourpres, à la frontière nord du Duché de Palann. Je combattais avec les envahisseurs du Duché de Cilott et vous, Baron, avec les défenseurs de Palann. Lorsqu’il fut clair pour moi que vous étiez le meilleur guerrier chez l’ennemi, je me frayais un chemin vers vous, estourbissant au passage le Chevalier ici présent.

Lequel Chevalier sourit amèrement au souvenir du mal de crâne dont il hérita au réveil, après le magistral coup de hache qu’il avait pris sur la tête.

_ Répondant à mon défi, vous êtes venu à ma rencontre et nous combattîmes. A la fin, vous avez pris l’avantage et m’avez plongé votre lame dans le cœur. J’accueillis la mort comme une bénédiction. Cependant, je me réveillais quelques heures plus tard lorsqu’on voulut transporter mon corps pour l’enterrer. Je fis très peur aux brancardiers qui me conduisirent à la tente infirmerie où le chirurgien conclut au miracle. Comment expliquer autrement que je sois encore vivante ? Votre épée m’a traversé le corps de part en part, transperçant mon cœur au passage. Un mois après la bataille, j’étais complètement guérie, bien qu’encore un peu faible, mais on le serait à moins. Il y a un mois, je constatais que la cicatrice tardait à disparaître et je formais le projet de vous rencontrer, Baron. En effet, en cinquante ans de combats incessants, toutes mes blessures cicatrisaient en moins de dix jours et les cicatrices elles-mêmes disparaissaient en deux semaines. Ce n’était pas le cas cette fois-ci et j’ai voulu rencontrer l’homme qui m’avait tuée. C’est chose faite.
Maintenant, si vous avez une explication à fournir sur la persistance de ma cicatrice, je suis preneuse. Sinon, j’aimerais aller me coucher. Je repartirai demain à l’aube et reprendrai ma route d’errance.

Les deux hommes se regardèrent, puis Kennor prit la parole.
_ Pour ce qui est de la cicatrice, je pense que le coup d’épée vous a vraiment tuée. La malédiction a alors pris fin et les cinquante ans écoulés depuis votre exil ont été plus ou moins effacés. Vous êtes désormais celle que vous étiez en quittant Riantir, votre vie a repris son cours normal. Vous pouvez désormais être blessée et en conserver la cicatrice.
_ Si c’est le cas, je ne pourrais jamais assez vous remercier, Baron.
_ Tout le plaisir était pour moi, ce duel est mon plus beau combat et le restera. Nulle part on ne doit trouver de combattant de votre niveau, Draka RougeLame.
_ Si ce qu’a dit votre chevalier est vrai, ce temps est révolu, je puis redevenir Méridia de Riantir.
_ Resterez-vous quelque temps parmi nous, Dame Méridia ?
_ Si telle est votre volonté, Baron. J’y mets cependant une condition. Vous n’êtes pas marié ?
_ Non, au grand désespoir de ma mère. Pourquoi, vous voulez m’épouser ?
_ Certes non, mais cela fait longtemps que je n’ai pas eu d’amant. Depuis mon départ de Riantir en fait. J’apprécierai un peu de compagnie masculine, si bien sûr vous me trouvez à votre goût. Si ce n’est pas le cas, peut-être le Chevalier ici présent consentira-t-il à s’égayer un peu ?

Les deux hommes se regardèrent puis éclatèrent de rire.

_ Ayez donc meilleure opinion de moi ma Dame, répondit Kennor. Ce n’est pas parce que je souris peu que je ne sais pas apprécier les charmes d’une femme.
_ En outre, Kennor n’est pas seulement mon homme lige, poursuivit Aorin’att. Il est également mon demi-frère, et nous partageons tout.
_ Y compris les femmes ? demanda Méridia avec un sourire en coin, une lueur de défi dans ses yeux gris.
Les deux paires d’yeux, la noire et la dorée, répondirent pour eux.

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